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Cissokho ou quand les paysans décident de leur vie

samedi 9 mai 2009

Cet article est paru dans la "Libre Belgique", le 4 mai 2009

Mamadou Cissokho, cheville ouvrière du mouvement paysan en Afrique de l’Ouest, vient de se voir confier par ses pairs des autres régions d’Afrique le soin de fonder la Plateforme panafricaine des paysans et des producteurs d’Afrique. Il publie L’ « histoire de ce mouvement paysan » ouest-africain, vieux de trente-cinq ans.

C’est en 1974 que ce jeune instituteur décide de quitter une carrière de six ans pour devenir paysan au sein d’une exploitation familiale au Sénégal et aider ceux qui sont devenus les siens à « retrouver leur dignité ». « Nous nous sommes organisés. Nous avons décidé que mettre en œuvre nos aspirations était notre responsabilité -ce qui n’était pas le cas alors. Nous avons décidé de ne plus laisser les autres décider de notre vie.

Mais nous l’avons fait à notre manière -en évitant la confrontation- dans une symbiose entre nos valeurs et l’universel : ce n’est ni un mouvement occidentalisé ni un mouvement traditionaliste ou conservateur. C’est un mouvement à nous, mais ouvert au monde. On ne décrète pas, mais on essaie de concilier les désirs de tous ; nous devons donc souvent revenir en arrière, mais c’est notre stratégie. Aujourd’hui, nous avons des relations avec les autres continents et sommes les destinataires de fonds public, sans passer par la violence. »

Crise alimentaire

L’an dernier, l’Afrique était frappée,de plein fouet par la crise des prix alimentaires. Où en est-on aujourd’hui ?

« Cela dépend des endroits. Cette année, la production de céréales a crû de 15% en Afrique de l’Ouest et de 30% au Sahel. Grâce à de bonnes conditions climatiques, mais surtout parce que les gouvernements ont mis de l’argent sur la table pour faciliter l’accès des paysans aux intrants. »

Changement d’habitudes

Mamadou Ciseokho souligne, cependant, que l’augmentation des produits vivriers « ne résout pas tout ». En effet, aujourd’hui, de 40 à 45 % de la population africaine vivent dans des villes, où les habitudes alimentaires changent rapidement.

« Lors de la flambée des prix, en 2007-2008, une partie de la population ouest africaine a essayé de se rabattre sur les productions agricoles traditionnelles, moins chères. Mais elles requièrent beaucoup de temps à préparer, contrairement au pain ou au riz ; le mil, l’igname, le manioc, le fonio, tout ça prend des heures. Dans les villes, les femmes, souvent, travaillent (au moins dans un petit commerce) et n’ont pas le temps nécessaire. Les paysans ne se sont donc pas enrichis lors de cette flambée des prix.

Il y a peu de transformations des matières agricoles en Afrique ; il y a des progrès -du fonio précuit, prêt en 30 minutes, ou du foufou instantané- mais pas assez, pas assez répandus. » Une manière de rappeler le développement extraverti de l’Afrique, oùl e développement n’a « jamais été fondé sur les paysans », même dans les pays agricoles comme le Sénégal.

« Il n’y a pas, comme en Europe, des collèges agricoles en zones rurales : ils les mettent dans les capitales -et encore, seulement en Côte-d’Ivoire- : au lieu de les construire là où vivent les enfants de paysans. Et les politiques d’ajustement structurel, qui ont duré trente ans, étaient contre l’agriculture, sauf l’agriculture d’exportation. »

Bâtir sur des hommes

Qu’attendent de l’Union Européenne les organisations de paysans ? « L’UE a beaucoup participé, financièrement et techniquement, à travers les ONG -nos premiers complices ont été de jeunes Européens- à l’amélioration des choses.

De plus, à travers différents cadres de négociation (Lomé, Cotonou), on a avancé dans la reconnaissance de la société civile dans le développement. Et aujourd’hui l’UE accorde des financements à quatre réseaux d’organisations paysannes. Mais, en même temps, elle s’entête à vouloir faire signer aux pays africains les APE (Accords de partenariat économique, destinés à remplacer les accords de Cotonou régissant les relations privilégiées entre les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique avec l’Union- - Ndlr) qui constituent un retour en arrière. Nous attendons que l’UE se rappelle que, pour se construire, elle a investi dans les hommes et les communautés, pas seulement dans les routes et les usines. »

Mamadou Cissoko, « Dieu n’est pas un paysan », Edition Présence Africaine et Grad.

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