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L’enseignement dans les pays du Sud : l’exemple du Mali

mardi 10 février 2009

Cet article très intéressant parle du Mali. La situation du Sénégal n’est sans doute pas totalement identique mais beaucoup d’éléments sont récurrents.

L’article original est paru sur le site de l’APED, Appel pour une Ecole démocratique. Merci à eux pour l’autorisation de reproduction.

Au Mali, l’école s’enlise dans les sables mouvants

Fatoumata Ba Dia

Le peuple malien aspire à une école neuve, à l’abri des malversations des institutions financières qui n’ont contribué qu’à la détériorer davantage. Car ce sont bien les programmes d’ajustement qui, durant deux décennies, l’ont dépouillée du peu qu’elle possédait : un salaire décent pour les enseignants, des bourses d’études, des infrastructures, des fournitures… Avec certitude, on peut affirmer que les Plans d’Ajustement Structurel imposés par la Banque Mondiale sont synonymes de privatisation et d’exclusion. Face à eux, l’Afrique perd ses repères sans parvenir à régler ses problèmes les plus urgents. Les P.A.S. ont fragilisé nos politiques par des réformes économiques inopportunes à tel point que le pays s’enlise dans un sable mouvant. Quant à l’initiative PPTE, elle nous rend tout simplement plus malléables.

Mon pays le Mali est un vaste pays enclavé d’Afrique de l’Ouest et compte environ 10,6 millions d’habitants. Le revenu moyen par habitant y est estimé à 240 dollars US. La Banque Mondiale et le FMI ont conclu que le Mali pouvait bénéficier de l’initiative P.P.T.E, eu égard au progrès satisfaisant que ce pays a réalisé. Très bon élève, il est l’un des premiers à bénéficier de cette aide ; sa dette sera ainsi allégée de 220 millions de dollars (soit 128 millions de dollars en valeur actuelle nette, ou V.A.N ).

Troisième exportateur d’or en Afrique et premier producteur de coton en Afrique subsaharienne , le Mali est pourtant économiquement tributaire des aléas climatiques et des fluctuations de prix des matières premières sur le marché international. Outre le coton, le Mali produit de l’arachide et diverses céréales. Le bétail occupe la 3ème place des exportations maliennes. L’agriculture, qui constitue le moyen d’existence d’environ 80 % de la population, contribue à hauteur de 42 % au P.I.B et représente 75 % des recettes d’exportation. On dit généralement du Mali, (malgré le fait qu’il assure matières premières et pierres précieuses à une minorité de privilégiés) qu’il est " un pays économiquement pauvre mais riche de sa culture ".

Oui, le Mali est asphyxié par la dette extérieure. En 1980, la dette extérieure des pays en voie de développement était de 586,7 milliards de dollars. Ce montant a atteint 2527,5 milliards de dollars US en 2000. Notre sous-région, l’Afrique subsaharienne, est la plus touchée par le surendettement. Sa dette est passée de 60 milliards de dollars en 1980 à plus de 206 milliards de dollars en 2000. Le service de sa dette a donc doublé, passant de 6,7 milliards de dollars à 14,6 milliards de dollars dans le même temps.

Le Mali a connu 4 grandes étapes d’endettement

De 1960 à 1969, un endettement essentiellement bilatéral constitué des emprunts contractés en faveur des sociétés et entreprises publiques que le pays venait de créer au lendemain de l’indépendance. Ces emprunts étaient assortis de taux d’intérêts bas, remboursables à long terme.

De 1970 à 1973, un endettement auprès des Institutions Financières Internationales, notamment la Banque Mondiale, pour soutenir la politique de développement du pays.

En 1973, c’est le premier choc pétrolier, le prix de l’or noir est multiplié par 4, ce qui grève le budget de nos Etats. Ces derniers, pour faire face aux impératifs du développement et assurer leur fonctionnement, se précipitent sur les pétrodollars.

De 1980 à nos jours, les Etats Unis imposent une nouvelle politique monétariste et relèvent très fortement le taux d’intérêt. Donc, les taux augmentent selon le cours du dollar et, avec eux, le pourcentage à payer. Au même moment, nous assistons à la chute du prix des matières premières qui sont pour nous sources de recettes sur le marché mondial, donc les montants de la dette extérieure ne font qu’augmenter. Comme solution, les grandes puissances imposent les Programmes d’Ajustement Structurel, avec leurs conditions : privatisation et retrait de l’Etat des services sociaux de base (éducation, santé, énergie etc.).

Les médiocres résultats de l’école malienne

Concernant l’éducation au Mali, sachez tout d’abord que le système éducatif dans cette partie du globe est l’un des moins performants au monde. C’est triste mais c’est ainsi : près de 70 % de la population n’est pas instruite. L’enseignement fondamental enregistre pour le premier cycle un taux brut de scolarisation de 55,6 % en 1999 (46 % pour les filles). En effet, scolariser une fille au Mali relève de la prouesse car il faut aujourd’hui encore sensibiliser, convaincre les parents ou les tuteurs responsables qui ne voient pas cela d’un bon œil. Il est à noter également que le taux de scolarisation est plus faible en milieu rural qu’en milieu urbain. Les redoublements sont très accentués et les inégalités entre filles et garçons s’accroissent au fur et à mesure qu’on avance vers les études supérieures.

Le montant des dépenses allouées à l’éducation varie dans une proportion de 1 à 15 entre le groupe des très pauvres et celui des non pauvres. Entre pauvres et très pauvres, la proportion est de 1 à 2. En revanche, dès que l’on passe le seuil de pauvreté, les dépenses d’éducation sont multipliées par plus de 9. Ainsi donc, la qualité de l’éducation est très faible car il y a pénurie de ressources humaines. Le personnel recruté est peu qualifié, le nombre d’heures d’enseignement effectif est faible et les salles de classes sont bondées.

Parmi les facteurs qui expliquent la faiblesse des indicateurs de l’éducation nous pouvons citer le milieu de résidence, le coût élevé des études, l’éloignement des écoles, le besoin de main d’œuvre au moment des activités agricoles, la perception négative de l’utilité de l’école, etc.

Des investissements inefficaces dans l’éducation de base ... au détriment du secondaire et du supérieur

Ces dernières années, nous avons pu constater une évolution sensible des investissements dans le secteur éducatif. Les dépenses allouées à ce secteur sont ainsi passées de 19 milliards 646 millions de francs CFA en 1992 à plus de 50 milliards en 1998, donc, en l’espace de 7 ans, ces dépenses ont doublé. Mais ce qu’il faudrait surtout comprendre ici, c’est que la volonté du gouvernement de faire de l’éducation de base une priorité (car il s’agit bien là de l’éducation de base) lui a été inspirée par la nature des financements.

En réalité, si l’éducation de base a fait l’objet d’une attention toute particulière de l’Etat malien et de ses "partenaires" techniques et financiers, cela s’est fait au détriment de l’enseignement supérieur. Cette stratégie vise, selon eux, à scolariser un grand nombre d’enfants issus de familles défavorisées. C’est ainsi que l’éducation de base reçoit 59 % des budgets de l’éducation, le secondaire général 16 %, le secondaire technique et professionnel 10 % et le supérieur 15 %. En outre, il convient de signaler qu’au Mali ce sont l’Etat, les Associations de Parents d’élèves, les communautés, les comités locaux de développement, les municipalités et les promoteurs privés qui constituent les principales sources intérieures de financement de l’éducation. Pour les sources extérieures, 50 % proviennent de la coopération bilatérale (les aides les plus récentes proviennent de France, du Canada, de l’USAID, de Norvège et du Japon). La part de l’aide multilatérale représente 35,8 % (parmi les institutions qui financent l’éducation au Mali, il faut citer la Banque Mondiale, la BID, l’UNICEF, le FAD, le FED, l’UNESCO). Le reste, soit 6,2 %, est fourni par les ONG.

Le taux net de scolarisation au Mali, bien que culminant à 38,2 % en 1997/98, reste en deçà de la scolarisation universelle. Et l’écart se maintient entre la scolarisation des garçons et celle des filles. On peut donc en déduire que les dettes contractées ces dernières années dans le domaine de l’éducation n’ont aidé à relever le secteur éducatif que très faiblement.

Il est important de noter que trop peu des enseignants du primaire sont qualifiés. On assiste de plus en plus à la mise en œuvre de la politique de vacatariat (contrats périodiques) et de volontariat. Cette politique nuit à la qualité de l’enseignement si des mesures sérieuses d’accompagnement ne sont pas mises en œuvre. Parmi les nombreux problèmes qui ont entravé le développement du système éducatif au Mali, les plus durs ont été et demeurent encore les conditions que nous imposent certains " partenaires techniques et financiers ".

Par exemple, les P.A.S. minent considérablement notre système éducatif. Si la double vacation (NDLR : faute d’infrastructures d’accueil suffisantes, la moitié des élèves viennent à l’école le matin, l’autre l’après-midi) a augmenté le taux de scolarisation, elle a en revanche détérioré la qualité de l’enseignement. Les horaires journaliers et hebdomadaires de cours ont en effet diminué et, sur le plan social, certaines conditions ont provoqué le mécontentement des syndicats d’enseignants, des associations et des parents d’élèves qui y voient un enseignement au rabais.

La démographie du Mali, comme de nombreux pays en Afrique de l’Ouest, connaît une croissance beaucoup plus rapide que celle des infrastructures de base. Par ailleurs, le recrutement du personnel enseignant, bien que nécessaire, demeure assujetti aux exigences des programmes d’ajustement structurel. A l’insuffisance en infrastructures et en personnel enseignant s’ajoute le manque de mobilier scolaire et de matériel didactique.

Pourquoi un tel gâchis ?

Et dire qu’il y a quelques années encore au Mali, grâce à la politique de dépenses publiques de la première république, les Maliens et les Maliennes pouvaient bénéficier gratuitement d’un enseignement de qualité, des fournitures, des soins de santé, d’un internat et des bourses d’études !

Comment expliquer que le monde dit "civilisé" d’aujourd’hui prive un grand nombre d’enfants de ce minimum requis ? Bien entendu, une politique qui privilégiait l’intérêt du peuple malien ne pouvait qu’attirer au régime socialiste de la première république le courroux des analystes et observateurs libéraux.

Le programme d’ajustement structurel lancé en 1982 a laissé un grand nombre de jeunes dans la rue, plusieurs travailleurs au chômage et les conditions de vie se sont détériorées. La Banque Mondiale et le FMI qui nous imposent depuis 20 ans les P.A.S. ont largement contribué à cette misère qu’elles feignent à présent de déplorer.

L’on ne peut parler de l’école malienne sans annoncer le PRODEC (Programme Décennal pour le Développement). Ce programme viserait l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants, des élèves et des étudiants. Une fois encore l’œuvre de la Banque Mondiale, qui l’a imposé et bien entendu le finance. Le PRODEC est donc présenté au commun des mortels comme une stratégie de sortie de crise dont l’école malienne aurait besoin. Mais en fait, il n’en est rien.

Maintenant que cette communication touche à sa fin, je souhaite soumettre quelques questions à votre réflexion.

Jusqu’à quand les pays du sud devront-ils continuer à payer une dette contestable moralement et juridiquement ?

Sachant que la dette est un obstacle majeur au développement des pays du sud, pourquoi ne pas alors pourchasser les vrais terroristes ?

Dans quelle mesure les déclarations officielles et les engagements pris lors des sommets parviennent-ils à se concrétiser ?

Les moyens utilisés pour atteindre le grand public et réaliser les objectifs déclarés ont-ils prouvé leur efficacité ?

L’initiative PPTE, qui marginalise certains pays du sud, est-elle réellement une voie de sortie, lorsqu’on sait que les politiques mises en œuvres sont dictées par les créanciers ?

Les programmes d’ajustement structurel ne constituent-ils pas un moyen pour les institutions financières internationales d’asseoir plus solidement et plus durablement leur domination sur les pays du sud ?

La dette, qui handicape considérablement certains des pays les plus pauvres de la planète, ne reflète-t-elle pas le manque de générosité des pays donateurs ?

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