Deprecated: Unparenthesized `a ? b : c ? d : e` is deprecated. Use either `(a ? b : c) ? d : e` or `a ? b : (c ? d : e)` in /home/clients/f15512691cb056b20b6450efb2a13242/web/spip/ecrire/inc/utils.php on line 2707
Le fonio, une pépite aux mille et une vertus - SITE ARCHIVE

Accueil > Les brèves > Le fonio, une pépite aux mille et une vertus

Le fonio, une pépite aux mille et une vertus

samedi 24 novembre 2012

Diabète, hypertension et maladies cardiovasculaires se généralisent sous toutes les latitudes. Au fil des ans, l’universalisation de toutes ces maladies dites du siècle est devenue un casse-tête. Chez les pauvres comme chez les riches, acheminant l’humanité vers une forme de mondialisation de certaines nouvelles endémies qui font chaque heure leur lot de victimes ou de malades. Les changements de comportements alimentaires n’expliquent pas tout. Le mal est bien dans l’assiette. La faute à la malbouffe mais également au choix d’une seule forme de nourriture quasiment imposée aux peu fortunés : le riz. Exit le mil, le maïs et le niébé ! Et encore plus pour le fonio. D’ailleurs, la question est de savoir qui, dans le Sénégal des grandes villes, connaît encore la forme et la couleur de la petite pépite aux mille et une vertus.

(Voir aussi Wikipedia)

Manger à sa faim reste le souci majeur de ce siècle. Mais, face à la croissance démographique, le plus périlleux est encore de bien manger en choisissant une céréale ou un légume qui pourrait permettre de vivre mieux. Considéré comme une des plus anciennes céréales d’Afrique de l’Ouest, le fonio (Digitaria exilis) est une petite variété de millet consommé dans les régions semi-arides. On l’a souvent circonscrit à une seule région d’Afrique mais, depuis l’Egypte ancienne la céréale était appréciée et utilisée pour les rituels divinatoires. Les Africains pour leur part, l’ont cultivée et préservée en particulier dans les savanes arides du Sahel. Aujourd’hui, on la retrouve plus constamment du Cap Vert au Lac Tchad. En passant par certaines régions du Mali, du Burkina Faso, de la Guinée, du Sénégal, du nord de la Côte d’Ivoire et du Nigeria où elle reste une partie intégrante de l’alimentation. Voilà pour l’histoire.

Longtemps perçue comme une céréale peu importante en raison de la petitesse de ses grains, sa consommation est en plein essor car ses qualités gustatives et diététiques sont de plus en plus appréciées. C’est aussi une des céréales principales du Sud Soudan et de l’Ethiopie. Facile à digérer, le fonio est pourtant un très bon aliment, cultivé, transformé essentiellement par les femmes de ces terroirs qui mettent environ deux heures d’horloge pour en piler deux kilogrammes. Le fonio est en effet reconnu pour ses vertus hypotensives et antidiabétiques. Une fois décortiqué, le grain ne mesure que 1 mm de long et 0,7 mm de large. Ainsi, le poids de 1000 grains ne dépasse-t-il pas 0,6 g. Il est ensuite blanchi afin d’en éliminer le péricarpe et le germe. On peut consommer le fonio précuit dans différents plats tels que le thiakri, le couscous, la galette, le gnon...

Malgré ses énormes qualités bio, le fonio reste encore très peu consommé dans un pays comme le Sénégal où il est classé loin derrière le riz et le mil. En dehors de la Casamance, du Sénégal Oriental, de la zone de Kédougou, les Sénégalais ne savent presque rien de cette céréale. Le fonio n’en est pas moins la seule céréale sauvage très bien appréciée par les populations dans certains terroirs d’Afrique de l’ouest. Plante des terroirs subarides aux sols appauvris, il a encore du mal à trouver sa véritable place dans les habitudes alimentaires. Comme du reste, les mils sorgho, souna et sanio, et encore le maïs, qui n’occupent pas encore leur véritable place dans la nourriture ouest africaine, au niveau des grandes agglomérations.

Dans les maisons ordinaires des grandes villes, n’est offert à midi que l’habituel mélange de riz avec une sauce sortie de l’imagination des femmes. Et pourtant l’Afrique est encore riche de ses nourritures d’hier. Comme le défend d’ailleurs du côté de Turin, le Fondateur de Slow food, l’italien Carlo Petrini, qui se bat chaque jour pour un retour à la vieille bonne nourriture de l’Afrique traditionnelle. Gage de santé, selon lui, de bien être et de liberté surtout. Parce que pour ce vieux combattant des causes alter mondialistes à l’italienne, « la véritable liberté est celle de produire et de manger ce qu’on veut. » Mais, la réalité est toute autre sur le marché. Inaccessible parce que difficile à transformer, le fonio est presque absent des marchés des grandes villes. Le prix du kilogramme précuit est encore assez élevé pour les bourses. Plus accessible au moment de la Foire internationale des ressources agricoles et animales (Fiaraa) de Dakar, le kilo de fonio précuit ne s’offre pas au dessous de 1000 FCFA. Plus bas que le prix du kilogramme de riz, de mil ou de maïs.

Un caractère sauvage qui entretient un mythe

Au village et dans les terroirs alentours où le riz a fini de prendre le dessus depuis la fin des années 1970, tous les autres plats à base de céréales, féculents et de graines pour l’essentiel, ont été laissés aux vieilles mamans. Le « ngourbane » (un met délicieux à base d’extraits de mil et de pâte d’arachide) ne se mange plus aussi régulièrement. Le niéleng (extraits de mil chauffés à la vapeur) mélangé comme le riz à une bonne sauce, ne se voit plus depuis la fin de la grande pénurie du riz des années 1973-1975. Seul reste le fameux laax (bouillie de mil) du soir ou simplement le couscous, à cause de leur présence obligatoire au cours de cérémonies rituels, à l’occasion d’une naissance, d’un baptême, d’une prière pour les morts, etc.

Alors parler du fonio aux jeunes filles ou même aux jeunes femmes d’aujourd’hui, malgré la vente en magasin du fonio précuit, est comme une perte de temps. La plupart ne l’aiment pas. Leurs enfants, habitués à la nourriture infestée parfois de bactéries et de microbes de la restauration rapide, comme des dibiteries, a fait le reste. L’autre paradoxe est également que tous ces plats quittent de plus en plus leur aire de prédilection pour entrer tout doucement dans les habitudes urbaines selon les jours : le vendredi pour le couscous. Le laax ou le thiakry, pour le dîner du dimanche soir.
Histoire de reposer madame qui avoue souvent ne pas savoir faire le couscous. On les achète sur commande chez la vieille maman d’à côté qui sert tout le quartier, faute de bras dans la maison pour le faire. Mais quelles sont les véritables vertus de toutes ces céréales dans l’organisme humain et dans l’univers culturel africain ? Champion de la sécheresse, le fonio est l’espèce de mil au plus petit grain parmi toutes les espèces de mil (mil pénicillaire, mil perlé, tef…). Compte tenu de son rôle pour la sécurité alimentaire des paysans dans toute l’Afrique de l’Ouest sahélienne, le fonio est l’objet d’un respect particulier.

Sa culture, sa récolte, son battage et le décorticage effectué par les femmes au mortier traditionnel donnent lieu à de nombreuses festivités communautaires. Il constitue la céréale par excellence des cérémonies de mariage, baptêmes, initiations et cérémonies rituelles et propitiatoires. Il est aussi au cœur de nombreuses cosmogonies et mythes fondateurs chez les bambaras du Mali, les Coniaguis et les peulhs de Guinée, les Bassaris du Sénégal, les Bobos et Sénoufos du Burkina Faso. L’anthropologue Marcel Griaule, dans ses célèbres études sur les Dogons, a pu révéler le rôle capital de cette céréale dans les mythes fondateurs de cette ethnie célèbre du Mali.

Une alternative à la malbouffe

Et pourtant, des études récentes s’accordent de plus en plus pour recommander la consommation plus grande de tous produits des terroirs dans les foyers ouest africains. Mais, qui mange du fonio aujourd’hui au Sénégal ? Une journée africaine lui a été consacrée. Des conférences et ateliers dans d’autres pays en Afrique aussi. Mais, rares sont les habitants des villes qui connaissent la forme de son grain encore moins les feuilles de la plante sauvage. Bien manger. Mais surtout manger pour vivre, voilà le défi. Car le risque, avertissent chaque jour, médecins et conseillers en nutrition, est d’éviter de tomber dans une forme de civilisation de malades et d’infirmes victimes.
Tous, victimes d’attaques cardiaques à cause des changements de comportements alimentaires.

Malheureusement, en Afrique comme dans les pays développés, le monde tend de plus en plus vers cette anomalie liée à la consommation excessive de viande, de sucre, de sel, de graisses, et encore. Au confort et un excès de bien être… Au Etats Unis, pays le plus mal « nourri » au monde à cause de toutes les « saletés » que prennent les Américains dans les fast food, une personne est atteinte d’un Avc toutes les quatre minutes, selon un chercheur. Hypertension et diabète tuent plus que le Sida. Et, aujourd’hui, ils sont quelque 171 millions de personnes qui souffrent de diabète dans le monde.
Pays pauvre, le Sénégal est aussi dans la même tendance. Et, dans ce pays où les enfants de riches comme leurs parents de la classe moyenne, la principale tendance est de manger plus gras, plus gros, plus tard au niveau des fast food, des pâtisseries. Ce qui ne finit pas d’occuper médecins et hôpitaux. Ainsi, au Sénégal, chaque jour, le nombre de malades ne cesse d’augmenter et ils sont nombreux qui souffrent essentiellement d’un excès de sucre, de sel, de graisse dans le corps. Des jeunes et des moins jeunes, des riches comme des pauvres, des petits comme des grands, des obèses comme des gens normaux par la taille et le poids. La faute, à une mauvaise alimentation.

En 2004, les statistiques ont signalé l’existence de 143. 000 sujets qui souffrent de diabète. Combien seront-ils en 2030, si les habitudes alimentaires ne changent pas d’ici là ? Riz, mil, maïs et fonio sont encore parmi les céréales les plus consommées au Sénégal. Mais, jusqu’ici peu de travaux existaient encore sur leur valeur nutritive dans la prévention de maladies comme le diabète.

Mettant de côté le débat entre spécialistes sur les effets du sucre lent et du sucre rapide, certains chercheurs en Afrique comme dans le monde ont choisi d’explorer de nouvelles pistes. Parmi la perte de poids, la diminution de la consommation de viande dans les aliments, une nourriture pour gens aisés en quelque sorte que les classes moyennes comme les gens beaucoup moins nantis croient encore être la seule voie qui permet d’aller vers le bien-être.

Pour un label fonio d’Afrique

Aujourd’hui, on note réellement un regain d’intérêt pour cette petite pépite venue d’Afrique et longtemps considérée comme une céréale de soudure des pauvres au niveau de tous les pays. Au Sénégal le Fonio prend également son essor. Les paysans des régions de Tambacounda, de Kolda et de Ziguinchor s’intéressent de plus en plus à cette culture pour résorber le déficit céréalier devenu chronique. Ce regain d’intérêt s’explique par les quelques recherches amorcées au niveau de la transformation avec l’invention de la machine à décortiquer le Fonio par le Sénégalais Sanoussi Diakhaté et au niveau des qualités nutritives. Au cœur du patrimoine culturel et gastronomique africain et compte tenu de son rôle pour la sécurité alimentaire des paysans dans toute l’Afrique de l’Ouest sahélienne, le Fonio fait l’objet d’un respect particulier.

Sa culture, sa récolte, son battage et le décorticage effectué par les femmes au mortier traditionnel donnent lieu à de nombreuses festivités communautaires. Il constitue la céréale par excellence des cérémonies de mariage, baptêmes, initiations et cérémonies rituelles. Un projet financé par le CFC (Common Fund for Commodities) portant sur l’amélioration des technologies post récolte du Fonio est en cours en Afrique de l’Ouest. Il associe le Mali à travers la porte de l’Institut d’Economie Rurale (Ier), la Guinée avec l’Institut de Recherche Agronomique de Guinée (Irag), le Burkina avec le Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (Irsat) et la France avec le Centre de Coopération Internationale de Recherche Agronomique pour le Développement (Cirad).

Source : http://www.sudonline.sn

SPIP | | Plan du site | Les brèves Flux des articles | Suivre la vie du site Flux des brèves

Thème créé par : Kozlika sous GPL. Squelette et thème adaptés par André Petithan.