Entretien avec Ramatoulaye Ndao, coordinatrice de l’ONG Malem Auder
À l’occasion de la clôture du projet « Parcours scolaire sans barrière de genre », porté par l’ONG Malem Auder, et soutenu par la Commune de Woluwe Saint-Lambert, un grand forum a été organisé le 28 mars. Nous avons recueilli les impressions de Ramatoulaye Ndao, coordinatrice du projet, qui revient sur les temps forts de cette journée et les perspectives à venir.
Peux-tu nous raconter le déroulement de cette journée du 28 mars ?
Cette journée a été un moment très fort. Nous avons eu l’honneur d’accueillir de nombreuses autorités administratives et locales, notamment le préfet, son adjoint, le sous-préfet, ainsi que des représentants du conseil départemental et des services techniques comme le service de la famille et le médecin-chef.
Il y avait aussi une forte mobilisation de la communauté : une cinquantaine de jeunes filles des clubs scolaires, des organisations de femmes avec près d’une centaine de participantes, ainsi que des acteurs de l’éducation, dont l’Inspection de l’Éducation et de la Formation. Cela montre à quel point cette thématique concerne tout le monde et qu’il s’agit d’une problématique globale.
Quels étaient les principaux temps forts du forum ?
Après l’ouverture officielle par le préfet et les mots de bienvenue des autorités, nous avons proposé deux conférences.
J’ai animé la première, qui portait sur l’autonomisation des femmes face aux réalités socioculturelles liées au genre. C’était l’occasion de redéfinir la notion de genre et de la remettre en perspective avec les réalités de terrain.
La seconde conférence, présentée par le service départemental de la famille, a abordé les représentations sociales de genre comme frein à l’épanouissement et à la réussite scolaire des filles.
Le moment le plus marquant a été le débat qui s’en est suivi. Les participants se sont exprimés librement, avec beaucoup de sincérité.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors des échanges ?
Ce qui m’a particulièrement touchée, c’est la prise de parole des jeunes filles et des femmes qui ont souhaité directement témoigné. Les témoignages ont permis de mettre en avant la multiplicité des obstacles à la réussite scolaire : les tâches domestiques, le manque de fournitures, les mariages précoces ou encore les grossesses précoces.
Ces témoignages rappellent que, malgré les progrès, les défis restent importants.
Des solutions concrètes ont-elles émergé de ces discussions ?
Oui, beaucoup de propositions ont été faites. Les autorités ont été très attentives. Le Comité Départemental pour la Protection de l’Enfance, présidé par le préfet, était d’ailleurs aussi présent.
Nous avons notamment évoqué le renforcement de la sensibilisation dans les écoles. La plus-value du projet était justement d’avoir renforcé la mise en place de cellules genre au Lycée Ibrahima Ka à Malem Hodar et au Lycée de Ndioum Ngainthdes.
Une proposition soulevée a été de mettre en place un dispositif d’alerte impliquant les établissements scolaires, l’Inspection de l’Éducation et les autorités administratives en cas de besoin.
Il est aussi important de renforcer le suivi des élèves, pour que les cellules demeurent actives, même une fois que les élèves ont quitté le lycée. C’est un éternel recommencement. Ce suivi sur le long terme nécessitera davantage de moyens.
Le projet a-t-il permis de répondre à certains besoins spécifiques des filles ?
Oui, notamment sur la question de l’hygiène menstruelle, qui est souvent un frein à la scolarité. Nous avons distribué des kits d’hygiène aux jeunes filles.
Au-delà de la distribution, nous avons aussi organisé des temps d’échange et de démonstration, pour lever les tabous autour de cette question.
Quelles sont les perspectives après ce forum ?
Ce forum n’est pas une fin, mais une étape. Il faudra redynamiser les actions et maintenir la mobilisation. Nous aimerions organiser au moins deux rencontres par an pour continuer à sensibiliser et accompagner les acteurs.
L’objectif est de créer une véritable prise de conscience au sein de toute la communauté.
Un dernier mot pour conclure ?
Se dire que la grande majorité des femmes de la localité a été confrontée à ce type de difficultés, cela renforce mon engagement. Je continuerai à défendre les droits des filles plus que tout. C’est pour cela que nous devons agir collectivement. Ce forum a été une étape importante, mais le combat continue : chaque fille doit pouvoir suivre son parcours scolaire sans barrières liées au genre.





